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samedi 10 janvier 2015

Rire de nous même

Les événements tragiques survenus au journal Charlie Hebdo m’ont permis de prendre conscience de la valeur de mon héritage culturel. La liberté de parole dans le respect de l’autre qui nécessite aussi, en contre-partie, la capacité d’écoute et d’auto-critique. C’est une saine gymnastique de l’esprit. Rire du monde qui nous entoure, à commencer par soi-même, permet une saine remise en perspective. Parce qu’un dessin et quelques mots en disent parfois plus long que des textes entiers. Parce qu’un dessin représente l’imaginaire qui ne peut pas se dire simplement. Parce qu’il peut incarner le cri silencieux de tant d’hommes et de femmes dans le monde qui n’ont aucun droit de paroles. Parce que rire c’est se rejoindre ensemble. Rire c’est le fait de l’humain. Il y a peu de temps, des amis d’origine malienne m’expliquaient par exemple le rôle du « sanankouya » dans leur culture. Véritable soupape de sûreté qui permet, par l’usage d’échange de plaisanteries sur l’histoire des noms de famille de chacun et de chacune, de fraterniser, de dédramatiser des situations. Le rire, bien utilisé et intelligent, est salvateur.

Les meurtres perpétués m’ont directement et profondément affecté. Au-delà des individus assassinés, bourrés de talent et d’humanité que nous lisions depuis plus de quarante ans, il y a le choc de la symbolique. L’exécution d’une extrême lâcheté, d’hommes et de femmes sans défense, par des êtres aux raisonnements effroyables, ayant perdu le contact avec la réalité, ne portant comme valeurs que le rejet des autres, l’atteinte à la liberté de penser et de s’exprimer, l’atteinte à la vie.

Ces « êtres » ne sont que des marionnettes décérébrés, manipulés par des réseaux d’influence implacables, aux doctrines et vision du monde effarantes. L’ensemble représente exactement ce que nous devons combattre si nous voulons organiser un monde apaisé, ou chaque individu, quels que soient son origine et ses valeurs, a sa place, sa légitimité.

C’est par l’échange pacifique entre nous, entre individus, entre citoyens du monde, que nait le progrès des nations. C’est par notre intelligence collective que nous surmonterons les défis écologiques, économiques, ethniques, politiques, sociologiques, géopolitiques. Le rire est un ciment, un exutoire.

Nos caricaturistes, notre liberté de presse, nos écrivains dénoncent les systèmes, les abus, les dictatures, les impasses de la société. Ces dessinateurs n’étaient tendres, ni avec les fondamentalistes religieux de tout bord, ni avec les politiques, ni avec le monde la finance, des acteurs voraces du capitalisme, les états, ni avec nous-mêmes, ni avec eux mêmes. Ils aident à mettre le doigt sur les maux plus ou moins graves de nos sociétés. Ils sont les passeurs de réflexion.

Soyons honnêtes, nous délaissions un peu collectivement la lecture de Charlie Hebdo depuis quelques temps. Ils luttaient pour leur survie. C'est paradoxal de voir aujourd'hui ce mouvement de soutien national et même international, redonner une nouvelle impulsion au magazine. Il faut parfois des événements tragiques, des disparitions, pour se rendre compte de la vraie place que les gens prennent dans nos vies. Voici un sursaut de patriotisme, d'honneur, d'attachement qui se manifeste. Un sursaut républicain.Il était temps. Espérons que cela ne soit pas du domaine de l'éphémère.

Les français avaient la fâcheuse tendance au défaitisme ces derniers temps. Vis à vis d'eux-même, de leur place sur l'échiquier mondial. L'auto-complainte, ils savent faire. J'en sais quelque chose, je suis un de ces gaulois râleurs. Ils viennent de se rendre compte, en ce dimanche 11 janvier 2014 que le monde entier les regarde et les écoute. Qu'ils ont, comme chaque nation, une culture, des valeurs universelles qu'ils doivent assumer. Que leur sens de la liberté d'expression, de leur verve littéraire et artistique comptent. Que leur bagout et leur humour, parfois sarcastiques, est une qualité. Que leurs valeurs républicaines ont un sens.

J'espère que cette épreuve va les inciter à relever la tête. Après le temps du tragique et du recueillement, vient celui de la reconstruction. C'est dans l'adversité, trait partagé avec les québécois je trouve d'ailleurs, qu'ils sont les meilleurs et les plus beaux.

J’ai discuté hier soir avec un chauffeur de taxi très sympathique, d’origine algérienne et de confession musulmane. Il était tout aussi choqué que moi par les dernières tueries. Il a réussi à me faire un peu rire avec une petite blague rigolote sur… le Prophète. Tout n’est pas perdu.

Nous sommes Charlie.

HommageCharlieAsterix.jpg Merci à monsieur Uderzo pour cette belle caricature.


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