Dernières nouvelles

samedi 6 juillet 2013

Sous le ciel étoilé

Nom du lieu où nous passions agréablement les dernières heures de notre bref congés. Nous avions aimé cette région. Ses étoiles. Son décor magnifique, vallonné. Sous ce ciel étoilé, lui, il fonçait dans la nuit. Longue machine noire, menaçante, métallique. Le lendemain, nous avions prévu de visiter cette petite ville. J’y étais passé plusieurs années auparavant. J’avais envie de revoir l’endroit, ses maisons toutes arrangées comme le sont celles des petites villes des cartes postales. Lui, dévalait la pente sans personne à bord, sans contrôle, ses milliers de tonnes de carburant et de gaz dans ses citernes, sombres. La petite ville dans la vallée, savait être accueillante, chaleureuse, même par le plus glacial des hivers. Ses habitants, à peine 6 000, n’étaient pas compliqués, ils prenaient la vie comme elle venait. Loin des grands centres urbains, au milieu d'une nature vivante et belle. Le dénivelé de la pente sur une dizaine de kilomètre, lui avait donné l’élan nécessaire. Les sapins dans la nuit défilaient à vive allure. Machine laissée à elle même, sans âme, sinistre dans la noirceur. Je me rappelais des détails. L’église, bien dressée en brique. Fière. L’artère principale, le lac et les maisons autour. Les commerces. Le bar de musique, lieu de retrouvailles. Tout était en vue du monstre effrayant. Il dévalait, dévalait, dévalait sur ses rails usés. Accompagné de son bruit sourd, lourd, ses étincelles. Déjà des mécanismes surchauffaient. Brisaient un à un. Il arrivait. Nous irions voir au bout de la jetée. C’est sûr que nous en profiterons pour faire quelques photos aussi même si nous n’avions pas vraiment le temps de rester. L'endroit s'y prête tant. Cela se passa si vite. Le train surgit du néant dans un vacarme infernal. Des étincelles partout. Le virage. Les locomotives tournent, pas les wagons qui déraillent dans un vacarme de fin du monde, devant les faces ahuris de quelques personnes, là par hasard. Au même moment dans la ville autour, les bruits de terreur font sursauter d’autres habitants dans leur chambre, leur salle de bain, leur sommeil, leur vie quotidienne si simple. Les citernes se déchirent en une fraction de seconde, en se retournant et se télescopant. Le feu, l'explosion instantanée, le brasier sur le tsunamis d’hydrocarbure s’échappant des monstrueuses carcasses et emmenant tout, détruisant. Immense explosion orangée. Les maisons, les gens, les vieux, les jeunes, les parents, le bar où l’on fêtait encore, les magasins, la vie. Balayée, brûlée, dévastée, arrachée. Plus rien. Rien. Rien...Rien n’avait changé comme nous sommes arrivés. Le quai, les belles maisons. Le café musical. Le lac où tout se termine. Gelé. Tout est figé. Janvier 2013. Nous ne voyons au loin que quelques silhouettes furtives et lointaines, grises dans le froid. Ville déjà un peu fantôme. Sous le ciel étoilé.

À la mémoire des victimes. En respect du désespoir de leur proche. Pour dénoncer l’inacceptable, l’accident improbable mais tragique. Colère et tristesse face à la tragédie de Lac-Mégantic.


Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Fil des commentaires de ce billet