Dernières nouvelles

mercredi 19 juin 2013

Ce corps

J'ai dans la tête le journal d'un corps. Celui-là même qui vieillit, parfois nous trahi, avec lequel on apprends à composer et à se décomposer. Il faibli, nous l'accommodons. L'annonce de sa faiblesse nous choque, comme une trahison. Yeux...pourquoi faiblissez-vous ? Oreilles ? qu'avez-vous à tant bourdonner ? Ce corps si étranger à ma connaissance. Il est vrai que je l'habite de manière passive. Je m'y intéresse seulement lorsqu'il connait des ratés. Et à ce moment, je lui en veux. Terriblement. Je l'accuse: " tu n'as pas le droit de me diminuer, de me ralentir, de m'affaiblir". Mais le corps a tous les droits. Il commande et on s'adapte. Par exemple, cet œil capricieux qui se refuse à me rendre les lettres parfaites au premier regard, je le maudit. Toi qui depuis tant d'années plissais à mon gré, me révélant tout ce qui pouvait assouvir ma curiosité. Ah bon, d'accord...je t'aurai sollicité un peu trop, abusé de ta force, utilisé sans ambages aux petites lueurs du matin jusqu'aux soubresauts tardifs de la nuit. Qu'as-tu maintenant à grimacer ? À rechigner devant le "photoraptor" de l'optométriste. Tu résistes ? Oui, confirmera la candide optométriste. Votre œil n'en a plus rien à cirer. Il décroche, vous envoie paître comme cet ex à qui l'on a trop répété les travers sans jamais rien pouvoir y changer. Le travers est là. Vivez avec maintenant. Le premier coup est un peu dur. Ce corps avec lequel on ne faisait qu'un, que l'on croyait invincible, encaissait silencieusement. Comme un fidèle compagnon dont on ne remarque le décharnement, tellement habitué à sa présence qu'on a perdu l'habitude de le considérer vraiment. Ta maladie m'attriste, m'irrite. Je croyais que tu arrêterais ce caprice, stopperait l'idée de la décrépitude dès l'instant où j'étais résolue à prendre soin de toi. Non, trop tard, me dis-tu, las.

Je ferai contre mauvaise fortune, bon cœur. Je me contenterai de voir imparfaitement. Je me satisferais de ce "flou artistique", de ce halo que tu dessines autour des lettres , des mots, des phrases. Après tout, rien n'est parfait.


Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://lemomentum.net/dotclear/?trackback/20

Fil des commentaires de ce billet